Mise sur orbite ou explosion en plein vol ? L’introduction en Bourse de l’entreprise SpaceX, prévue pour le 12 juin 2026, est celle de tous les superlatifs. Face à ce qui est annoncé comme le plus gros lancement boursier de l’histoire, les investisseurs du monde entier ont déjà des étoiles plein les yeux.
Pourtant, historiquement, les introductions n’ont pas toutes propulser leurs entreprises vers les cieux boursiers. Mis à part quelques grands noms, il n’est pas toujours facile d’être à la hauteur de l’engouement suscitée le grand jour de la première cotation.
Est-ce ce qu’il faut redouter pour l’entreprise d’Elon Musk, au vu de ses fondamentaux et de la personnalité de son CEO, qui a déjà valu des sueurs froides aux actionnaires de son autre entreprise phare, Tesla ? Cette introduction en Bourse risque-t-elle d’avoir la même trajectoire que les précédentes ? Faut-il prendre le risque de laisser la fusée SpaceX passer ?
➡️ Dans cet article, je reviens sur les performances historiques des introductions en Bourse. Je vais également analyser les indicateurs financiers de l’entreprise SpaceX, dévoilés dans son document d’introduction.
C’est quoi exactement une introduction en Bourse ?
Une IPO (“Initial Public Offering”, ou “introduction en Bourse” en français) est, pour une entreprise, une opération qui consiste à “entrer en Bourse”, c’est-à-dire à ouvrir pour la première fois son capital au public, au moyen d’une émission d’actions. En achetant ces actions, les investisseurs deviennent ainsi “actionnaires”, autrement dit propriétaires d’une part de l’entreprise. Le but de l’opération : récupérer des capitaux, ou “lever des fonds”, dans le jargon financier.
🚀 Par exemple, dans le cas de SpaceX, l’entreprise va ouvrir 25% de son capital aux investisseurs. Cette part de capital est divisée en 555,5 millions d’actions, vendues à 135 dollars l’unité. L’objectif est ainsi de lever 75 milliards de dollars.
Comment se déroule une introduction en Bourse ?
Pour comprendre combien peut rapporter l’opération, il faut d’abord avoir en tête les grandes étapes d’une IPO :
- Lancement de l’offre ou période de souscription : les investisseurs se positionnent, en passant des ordres d’achat dans une fourchette de prix fixé pour l’action.
- Clôture de l’offre : en fonction des ordres d’achat reçus et de leur prix, le prix réel de l’action est fixé.
- Allocation des actions : les investisseurs s’étant le mieux positionnés reçoivent leurs actions. Si la demande a dépassé l’offre, certains peuvent ne pas être servis.
- Première cotation officielle : c’est le jour où les actions commencent à être revendues par les premiers acquéreurs puis échangées librement sur le marché.
Le vocabulaire crée souvent une confusion : dans le langage courant, on parle de “jour d’introduction” pour le lancement de l’offre, alors que techniquement l’action n’est pas encore négociable en continu sur le marché. Or, le délai qu’il peut y avoir entre ces deux dates n’est pas fixé ni connu à l’avance.
🚀 Pour SpaceX, on peut imaginer que la période de souscription dure une semaine, du 16 juin 23 juin, par exemple. Le prix de l’action serait alors annoncé le 24 juin, puis les premiers échanges auraient lieu le 25 ou le 26 juin. Notons que la fixation du prix ne devrait pas être compliquée, puisque SpaceX communique sur un prix unique de 135 dollars l’action, et non pas sur une fourchette.
Comment investir dans une IPO ?
Comme vous le voyez, il existe donc deux fenêtres pour vous positionner sur une introduction en Bourse :
- Soit durant la période de souscription : dans ce cas, le prix de l’action (ou une fourchette) est fixé à l’avance. Selon la demande, vous pouvez ne pas obtenir le nombre d’actions souhaitées.
- Soit une fois l’entreprise effectivement cotée : dans ce cas, le prix de l’action évolue au jour le jour en selon la confrontation entre les acheteurs et les vendeurs.
Dans les deux cas, pour participer, il faut que vous disposiez d’au moins une de ces deux produits permettant d’investir en Bourse :
❌ Impossible de réaliser cette opération avec une assurance vie. Les rares contrats proposant des actions individuelles (ou “titres vifs”) le font avec celles de grandes entreprises déjà cotées.
🚀 Le PEA étant limité aux actions européennes, il faudra donc vous rapprocher de votre courtier en ligne ou banque chez lequel vous avez ouvert un CTO pour connaître les modalités de participation à l’IPO de SpaceX.
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Pour les investisseurs, on voit l’intérêt que peut représenter la période dite “de souscription”. En effet, ils parient que c’est l’occasion d’acquérir une action à un prix “de lancement” qu’elle ne retrouvera peut-être jamais. Pourtant, les statistiques ne vont pas dans ce sens ⤵️
Investir dans une IPO, est–ce que c’est rentable ?
Pour répondre à cette question, il faut distinguer plusieurs temporalités. En effet, un achat d’action est profitable s’il génère une plus-value. Autrement dit si son prix à la revente est plus élevé que son prix d’achat. Mais le temps qui s’écoule entre ces deux décisions peut être plus ou moins long.
À court terme : le mirage de l’“IPO pop” ?
À très court terme, les investisseurs peuvent d’abord espérer tirer profit de l’ “IPO Pop”. Un phénomène qui désigne la hausse parfois spectaculaire du cours d’une action lors de son premier jour de cotation. L’écart peut en effet être spectaculaire entre le prix d’introduction, – fixé avant l’entrée en Bourse – et le prix auquel l’action s’échange réellement une fois cotée.
Ce bond initial peut s’expliquer par :
- Une forte demande des investisseurs : beaucoup d’acheteurs veulent le titre dès qu’il devient négociable.
- Un prix d’introduction volontairement prudent : les banques chargées de l’entrée en Bourse peuvent fixer un prix un peu inférieur à ce que le marché semble prêt à payer, afin de garantir que toutes les actions soient vendues.
- Un effet de rareté : toutes les demandes de titres ne sont pas toujours satisfaites pendant la période de souscription. Les investisseurs non servis peuvent donc être nombreux à vouloir acheter dès le début de la cotation.
- Un effet d’engouement : certaines IPO très attendues attirent beaucoup d’attention, ce qui peut amplifier la hausse initiale.
À long terme, les IPO sont rarement de bonnes affaires
La vérité des premiers jours n’est pas celle du long terme, en particulier pour un investissement en Bourse, qui doit plutôt s’inscrire dans la durée. Or, sur le temps long, les études menées sur le sujet sont formelles : les introductions en Bourse ont fabriqué davantage d’entreprises perdantes que gagnantes.
En la matière, les travaux de l’économiste Jay R. Ritter de l’Université de Floride sont l’une des principales références, en particulier pour l’analyse des introductions en Bourse aux États-Unis. Jay R. Ritter a par exemple étudié les 9 253 IPO américaines menées entre 1980 et 2024.
| Nombre d’IPO | Rendement moyen suite au premier jour de cotation | Rendement moyen au bout d’un an | Rendement moyen au bout de 3 ans | Rendement moyen au bout de 3 ans ajusté de l’indice |
|---|---|---|---|---|
| 9 253 | +18,9% | +5,6% | 19,1% | -20,5% |
Ces données sont particulièrement intéressantes car elles permettent de visualiser la performance sur la durée :
- À l’issue de leur première journée de cotation, les entreprises introduites en Bourse sur la période affichent une hausse de cours de 18,9% : c’est le fameux “IPO Pop”.
- Au bout d’un an, la valeur des actions a en moyenne progressé de 5,6%.
- Au bout de 3 ans, la progression totale est de 19,1%, mais la performance de l’indice a été +39,6 % sur la même période. Ce qui donne une sous-performance ajustée du marché de -20,5 % !
❌ Autrement dit, les IPO font moins bien que les autres ! Sur cette période de 44 ans, les entreprises introduites en Bourse ont bien vu en moyenne le cours de leur action progresser en 3 ans. Mais cette hausse a été inférieure à celle de l’ensemble de l’indice
Et encore, il s’agit ici de moyenne. Pour les IPO les plus fragiles, la chute peut être encore plus rude : parmi les IPO de 1975 à 2021, 38,5% ont perdu plus de 50% de valeur dans les trois ans suivant le premier cours de clôture.
➡️ La performance des IPO est très asymétrique. Quelques titres peuvent faire x5, x10. C’est le cas de Visa, dont l’action a fait x20 depuis 2008, ou de Google (x13) …. Mais beaucoup d’autres voient leurs cours chuter fortement. Selon une synthèse du Nasdaq, 3 ans après leur introduction en Bourse, près des deux tiers des IPO (64%) sous-performent le marché.
Comment expliquer cette sous-performance ?
Le verdict peut sembler paradoxal : la Bourse américaine est en effet connue pour sa dynamique haussière sur le très long terme. Comment expliquer dans ce cas que les entreprises qui l’intègrent sous-performent de façon récurrente ?
Les nouvelles sociétés cotées peuvent être introduites à des valorisations qui intègrent déjà beaucoup d’anticipations (croissance future, conquête de marché, amélioration des marges, etc.). Dans ce cas, même si l’entreprise réalise ces promesses, le cours de l’action progressera peu ou pas du tout. De plus, beaucoup d’entre elles sont aussi peu rentables ou insuffisamment matures.
À l’inverse, les grands indices boursiers sont diversifiés et finissent par être tirés par les entreprises les plus solides, tandis que les perdants disparaissent progressivement de l’indice. Résultat : à terme, les mésaventures boursières des IPO n’affectent pas la progression des indices, car elles sont évacuées de la cote si elles sous-performent.
➡️ Une IPO peut connaître succès spectaculaire, mais investir systématiquement dans les introductions en Bourse a historiquement moins bien fonctionné qu’un investissement diversifié sur un indice boursier, par exemple via un ETF.
Quelles précautions prendre avant d’investir dans une IPO ?
Afin de ne pas risquer une mésaventure en Bourse, plusieurs précautions peuvent être prises avant de miser sur une IPO :
- Avoir déjà un matelas de sécurité : disposer d’une épargne de précaution est un indispensable avant d’investir sur les marchés financiers.
- Rester diversifié : la somme allouée à une IPO doit rester minoritaire au sein d’un portefeuille de titres diversifié.
- Se faire une opinion sur les perspectives de la société : avant d’investir, prenez le temps de vous informer sur ses différentes activités, sur l’opération, ses objectifs, et la façon dont a été fixé le prix de l’action.
On peut comparer l’investissement dans une IPO à un achat dans le neuf : vous n’avez pas d’historique des prix de vente, de la valeur locative, des loyers demandés… Il faut par conséquent vous fier au discours du promoteur, tout en gardant les pieds sur terre. Pour cela, lire attentivement le prospectus d’introduction est essentiel. Voyons ce qu’il nous dit par exemple de l’entreprise SpaceX ⤵️
Faut-il investir dans l’IPO de SpaceX ?

SpaceX (officiellement « Space Exploration Technologies Corporation« ) est une entreprise américaine fondée en 2002. Dans son document d’introduction en Bourse, elle présente sa mission :
“Notre mission est de construire les systèmes et les technologies nécessaires pour rendre la vie multiplanétaire, comprendre la véritable nature de l’univers et étendre la lumière de la conscience jusqu’aux étoiles.”
Document d’introduction en Bourse déposé auprès du SEC (Securities and Exchange Commission).
Un brin mégalo à mon goût !
Les activités de SpaceX
Si l’entreprises s’est surtout fait connaître pour ses lanceurs réutilisables, l’activité spatiale de SpaceX n’est en réalité qu’une de ses trois grandes branches :
| Branche | Description de l’activité | Chiffre d’affaires (en 2025) | Proportion dans le CA total |
|---|---|---|---|
| “Space” | Regroupe les activités historiques de SpaceX, notamment les lancements de fusées, le transport spatial, le développement de Starship et les services liés aux missions orbitales | 4,086 Md$ | 21,9% |
| “Connectivity” | Correspond principalement à Starlink, c’est-à-dire la fourniture d’accès Internet par satellite aux particuliers, entreprises, gouvernements et opérateurs. | 11,387 Md$ | 61% |
| “AI” | Regroupe les activités liées à l’intelligence artificielle et à l’infrastructure numérique, notamment Grok, X, la publicité et les capacités de calcul nécessaires aux services IA. | 3,201 Md$ | 17,1% |
➡️ La branche “Connectivity” et en particulier Starlink est de loin le principal moteur de chiffre d’affaires de SpaceX. Toutefois, selon Goldman Sachs, c’est bien la branche IA qui rapporterait le plus à terme. Selon le Financial Times, la banque américaine a projeté une multiplication par 100 des revenus de la division d’IA de la société d’ici à 2030.
💡 Premier constat : de prime abord vous pensiez sans doute investir dans une entreprise du secteur spatial. En réalité, il s’agit davantage aujourd’hui d’un distributeur d’accès internet, et dont les perspectives se tournent surtout vers l’IA.
Les fondamentaux de SpaceX
Venons-en aux indicateurs financiers de l’entreprise. Voici les principaux :
| 2025 | 2024 | 2023 | |
|---|---|---|---|
| Revenus (CA) | 18,674 Md$ | 14,015 Md$ | 10,387 Md$ |
| Résultat net 2025 | -4,937 Md$ | 791 M$ | -4,628 Md$ |
| Cash-flow | 6,785 Md$ | 5,776 Md$ | 4,520 Md$ |
| Investissements / Capex | 20,737 Md$ | 11,163 Md$ en 2024 | 4,415 Md$ |
| Trésorerie | 4,747 Md$ | – | – |
| Total des actifs | 92,079 Md$ | – | – |
| Total des passifs | 50,754 Md$ | – | – |
➡️ À la veille de son introduction en Bourse, SpaceX présente le profil d’une entreprise déjà géante, en forte croissance, mais encore très capitalistique et déficitaire. Son chiffre d’affaires a atteint 18,7 milliards de dollars en 2025 (+33 % sur un an), mais le groupe a enregistré une perte nette de 4,94 milliards de dollars. Les activités spatiales et surtout IA nécessitent encore d’importants investissements. Le bilan montre aussi un niveau d’endettement significatif, avec une dette estimée à 29,1 milliards de dollars fin mars 2026, mais compensée en partie par une trésorerie importante. En somme, le profil de SpaceX apparaît risqué : c’est une entreprise qui ne présente pas encore une croissance durable de ses bénéfices.
Gouvernance
Au-delà des critères financiers, reste le facteur humain : Elon Musk, présenté comme le directeur général, le directeur technique et le président du conseil d’administration de l’entreprise.
En 2025, ses engagements politiques au sein de l’administration Trump avaient plombé l’image de son autre entreprise, Tesla. Ce qui s’était traduit par une baisse de 8,38% de ses ventes de véhicules dans le monde, soit une chute des bénéfices nets de 46%. Même sort pour la valeur de l’action, qui, après un pic à 480 dollars, était tombée jusqu’à 220 dollars en mars 2025.
➡️ Pour SpaceX, l’influence d’Elon Musk sur le cours futur de l’action reste difficile à présumer. Mais il est clair que la vie du milliardaire restera intimement liée à celle de l’entreprise, puisqu’il conserve un peu moins de la moitié du capital, mais plus de 80% des droits de vote, selon les documents d’introduction.
Quel impact sur les détenteurs d’ETF ?
Que vous soyez ou non volontaire pour investir dans l’entreprise d’Elon Musk, vous risquez bien de le devenir à votre insu, si vous êtes détenteur d’ETF.
L’indice Nasdaq a en effet assoupli ses règles pour intégrer au plus vite SpaceX à sa liste des plus grandes entreprises américaines du secteur de la tech. Habituellement, cette intégration est soumise à plusieurs conditions dont :
- un “flottant”, c’est-à-dire une part d’actions en circulation d’au moins 20%,
- une cotation de plusieurs mois.
➡️ Or, la part d’actions flottantes de SpaceX ne sera que de 5% à l’issue de l’IPO, et le titre devrait être intégré à l’indice 15 jours après sa cotation. Si vous êtes détenteurs d’un ETF adossé au Nasdaq 100, SpaceX devrait ainsi bien apparaître dans votre portefeuille dès la mi-juillet probablement.

Les ETF qui pourraient en profiter
Une partie des grandes introductions en Bourse ont, dans l’histoire, consacré l’émergence d’une nouvelle économie : Facebook en 2012, Uber en 2019, Google en 2004…
Les IPO génèrent ainsi des afflux de capitaux vers des entreprises du même secteur, avec l’espoir qu’elles soient portées par la même croissance. C’est le cas par exemple des sociétés liées à l’exploration de l’espace autour de cette IPO de SpaceX.
Les ETF rattachés à l’IA ou à l’industrie spatiale peuvent ainsi permettre de capter une part de l’engouement suscité par l’IPO de SpaceX, mais de façon diversifiée dans un panier de plusieurs entreprises. Ce qui dilue le risque lié au “stock-picking”, c’est-à-dire au fait de ne miser que sur un seul titre.