Le meilleur des deux mondes ? Nés en 2010 aux Etats-Unis, les ETF “actifs” n’ont été autorisés en France qu’en février 2024. Sur le papier, ils ont pourtant tout pour séduire, puisqu’ils proposent à la fois le meilleur de la gestion active et de la gestion indicielle. À savoir, toujours la réplication d’un indice (ou d’un panier d’actions / d’obligations), mais avec la liberté laissée au gérant de mettre en place une stratégie de gestion. Le but ? Ne pas se contenter de reproduire la performance d’un indice, mais le battre !
Cette promesse est-elle tenue ? Les ETF actifs rapportent-ils davantage ? À quel prix ? Pour le savoir, j’ai mis face à face ETF actifs et ETF traditionnels (“passifs”).
➡️ Dans cet article, je vous explique le fonctionnement, les avantages et limites des ETF actifs. Puis, je compare leurs performances à des ETF traditionnels.
Qu’est‑ce qu’un ETF actif ?
Un ETF actif est un fonds coté en Bourse. Mais à la différence d’un ETF “passif” classique, le but n’est pas de répliquer le plus fidèlement possible la performance d’un indice boursier, mais de faire mieux !
Un indice boursier, comme le CAC 40 par exemple, mélange “bons” et “mauvais” élèves : certaines actions voient leur cours monter, quand celui d’autres baissent.
- Un ETF classique ne va pas distinguer ces valeurs, il reproduit la performance de l’ensemble de l’indice.
- Un ETF actif va, lui, tenter de ne miser que sur les meilleurs éléments, à travers ce qu’on appelle une gestion discrétionnaire.
En pratique, un ETF actif se situe ainsi entre :
- l’ETF passif, qui suit un indice au plus près,
- le fonds actif classique (de type OPCVM) piloté par gérant, avec souvent plus de frais et moins de transparence.
Les ETF actifs restent des ETF. Pour cette raison, ils conservent les mêmes avantages qu’un ETF passif : liquidité (grâce à la une cotation en continu), frais plus bas que les fonds actifs, et diversification (grâce à l’investissement dans un panier de plusieurs titres).
Comment fonctionne un ETF actif ?
Fonctionnement de la gestion discrétionnaire
Contrairement aux ETF passifs, l’équipe de gestion a plus de latitude dans sa stratégie de gestion. Au sein d’un indice, les gérants peuvent :
- surpondérer ou sous‑pondérer certains secteurs,
- sélectionner des titres jugés plus prometteurs,
- réduire le poids de certains titres sous-performants,
- gérer l’exposition au marché : réduire l’exposition à certaines actions quand un risque se présente, pour éviter les phases les plus défavorables ou amortir les chocs.
Une transparence variable
Les ETF actifs ont tendance à publier leur portefeuille de titres moins fréquemment que les ETF passifs. Pour ces derniers, rien de plus simple : si votre ETF réplique le CAC 40, il suffit de consulter la composition de l’indice parisien.
➡️ On reste toutefois sur une transparence supérieure à celle des fonds actifs traditionnels.
Des univers d’investissement variés
Les ETF actifs existent aujourd’hui sur :
- les actions (monde, US, Europe),
- les obligations (crédit, souverain, duration flexible),
- les stratégies multi‑actifs (actions et obligations mélagées),
- certaines thématiques.
Quelle différence avec un ETF smart bêta ?
Un ETF qui utilise une stratégie particulière pour faire mieux que son indice. Cela rappelle le fonctionnement des ETF “smart beta”, qui vous permettent de surpondérer les titres de qualité, les actions à dividendes, ou encore de mettre en place une stratégie de “momentum”.
La différence entre les deux est qu’un ETF actif est géré par une équipe humaine, qui sélectionne les titres et ajuste le portefeuille selon sa stratégie. Un ETF smart bata, lui, suit de façon systématique une règle algorithmique fixée au départ, en fonction de critères prédéfinis, et sans intervention discrétionnaire d’un gérant.
➡️ Un ETF smart beta pourrait être comparé à un ETF actif automatisé. En moins cher, mais aussi moins réactif !
Avantages des ETF actifs
Les gérants d’ETF actifs mettent généralement en avant trois avantages par rapport aux ETF passifs :
1. Un potentiel de surperformance : L’objectif est faire mieux que l’indice, pas de le suivre. Sur certains marchés où l’information est moins accessible au grand public, cela peut faire la différence, grâce à la valeur ajoutée de l’équipe de gestion.
2. Des frais plus bas que les fonds actifs : Les ETF actifs affichent souvent des frais compris entre 0,30 % et 0,80%, là où les fonds actifs classiques peuvent facilement dépasser 1,5%.
3. La simplicité d’un ETF : achat et vente aux heures d’ouverture de la bourse, pas de frais d’entrée ou de sortie, diversification à moindre frais sur plusieurs titres, etc.
Limites et risques des ETF actifs
Les ETF actifs sont toutefois soumis à plusieurs limites à avoir en tête :
1. La surperformance n’est jamais garantie : Comme tout fonds gérer activement, un ETF actif peut sous‑performer son indice, et parfois durablement !
2. Des frais plus élevés que les ETF passifs : Même si les frais sont plus bas que dans les fonds boursiers traditionnels, ils restent supérieurs à ceux des ETF purement passifs indiciels, comme les etf “core” (souvent 0,05 % à 0,20% de frais).
3. Une transparence réduite : Les positions ne sont pas toujours publiées quotidiennement. Cela peut gêner les investisseurs qui veulent suivre précisément leur allocation.
4. Un historique encore limité : les ETF actifs sont encore récents en Europe (2024) : il y a donc peu de recul, peu de données de long terme, et les performances sont parfois difficiles à comparer.
Quels sont les grands types d’ETF actifs existants ?
En parcourant les catalogues d’ETF, on retrouve quatre grandes catégories d’ETV actifs :
- ETF actions actifs : leur but est de battre un indice action de référence en mettant en avant une stratégie particulière ou des critères conçus par le gérant. On trouve notamment de nombreux ETF actifs ayant pour stratégie d’appliquer leurs propres critères ESG
- ETF obligataires actifs : ils permettent au gérant d’ajuster la composition du portefeuille en fonction des conditions de marché, notamment en modulant la duration des obligations, ou en sélectionnant les émetteurs jugés les plus solides et en évitant ceux dont le risque de défaut est élevé.
- ETF multi‑actifs : ils sont gérés de façon active de façon à combiner différentes classes d’actifs (actions, obligations, fonds monétaires, etc.)
- ETF “enhanced” : ils mettent en avant une gestion active fondée sur une recherche ou des critères avancés.
Exemples d’ETF actifs vs ETF classiques
Entrons dans le vif du sujet et prenons l’exemple de quelques ETF actifs pour voir de quoi il s’agit. J’ai choisi 4 ETF actifs avec des stratégies différentes, et uniquement parmi les plus grosses capitalisations (5,4 milliards d’euros pour le premier). Il s’agit donc d’ETF actifs assez répandus.
| ETF | Description | Frais | Performance 2025 | ISIN |
|---|---|---|---|---|
| JPMorgan Global Research Enhanced Index Equity Active UCITS ETF USD (acc) | Vise à générer un rendement supérieur à celui du MSCI World, et exclut les entreprises dont les performances ESG ont un impact négatif sur l’activité. | 0,25% | +6,02% | IE00BF4G6Y48 |
| iShares World Equity Enhanced Active UCITS ETF USD (Acc) | Investit au moins 70% dans des actions de pays développés du monde entier, et 30% en obligations investment grade, private equity et fonds monétaire. | 0,30% | +8,09% | IE000D8XC064 |
| Fidelity Emerging Markets Equity Research Enhanced UCITS ETF ACC-USD | Investit dans des actions des marchés émergents du monde entier, avec des critères de performance et durabilité. | 0,30% | 18,68% | IE00BLRPN388 |
| Vanguard LifeStrategy 80% Equity UCITS ETF (EUR) Acc | Investit dans 80% d’actions du monde entier, et 20% en obligations. | 0,25% | +7,14% | IE00BMVB5R75 |
Les frais
✅ Premier point positif à noter, les frais restent raisonnables. Les ETF sélectionnés, sont dans la fourchette de ce qu’on peut trouver pour des ETF passifs focalisés sur un secteur particulier par exemple (tech, santé, défense, etc.).
Les ETF actifs les plus chers que j’ai trouvés s’approchaient de 1% de frais, mais il s’agissait de fonds avec une faible capitalisation (quelques millions d’euros) et gérés par de plus petites sociétés de gestion.
➡️ Entre 0,20% et 0,30%, on reste en tout cas loin de ce que prélèvent les fonds actifs traditionnels.
Les stratégies
Concernant les stratégies de gestion, on voit que certains ETF s’apparentent à des fonds mutli-actifs, en mixant actions et obligations, voire en y ajoutant du private equity. Les frais sont en tout cas moins élevés que ce qu’on trouve dans les fonds patrimoniaux classiques (mêlant actions et obligations), qui sont de l’ordre de 1,5% (sans compter de potentiels frais de souscription et/ou de surperformance !).
Pour ce qui est ETF qui utilisent des critères ESG (Environnementaux, sociaux et de gouvernance) pour leur gestion active, j’ai du mal voir la valeur ajoutée par rapport à des ETF passifs construits sur les mêmes critères.
🌍 L’ETF iShares MSCI World SRI (IE00BYX2JD69) par exemple, réplique lui aussi la performance de l’indice MSCI World avec un filtre ESG, mais pour moins de frais (0,20%) que celui de JPMorgan.
➡️ Attention aux intentions marketing de certains gérants d’ETF actifs quand il mettent en avant leur recherche avancée (“Research enhanced”).
Les performances
Reste le juge de paix : la performance. Les gérants d’ETF actifs parviennent-ils à atteindre cet “alpha” qu’ils promettent ?
Dans le cas des ETF multi-actifs, difficile de le savoir, car il n’est pas possible de comparer leur performance à un indice unique. C’est en revanche faisable pour ceux qui prétendent faire mieux qu’un indice en particulier.
| 2025 | 2024 | 2023 | 2022 | |
|---|---|---|---|---|
| JPMorgan Global Research Enhanced Index Equity Active UCITS (ETF actif) | +19,92% | +18,32% | +25,29% | -7,51% |
| iShares MSCI World UCITS ETF (ETF passif) | +20,80% | +18,40% | +23,60% | -18,30% |
| MSCI WORLD Index (Indice de référence) | +21,10% | +18,70% | +23,80% | -18,10% |
L’ETF actif de JP Morgan vise à surperformer l’indice MSCI World (qui rassemble les 1 500 plus grandes entreprises du monde). Sur les quatre dernières années, les gérants n’y sont parvenus qu’en 2023, et en 2022, ils ont limité la casse. De son côté, on voit que l’ETF passif colle, lui, presque parfaitement à son indice.
➡️ Entre les deux ETF les frais sont comparables (0,20% pour le passif, 0,25% pour l’actif). Ces 0,5 de frais en plus se justifient-ils au vu des performances ? Selon moi, non !
Voyons ce que cela donne sur un marché plus spécifique comme les marchés émergents. Ici, je prends un ETF actif de Fidelity, dont le but est de vendre une « exposition active à des opportunités d’investissement attrayantes dans des entreprises durables ». Son objectif est clairement affiché : surperformer « l’indice MSCI Emerging Markets (Net Total Return) de 1% en performance brute annualisée sur une période de cinq ans ou plus. »
| 2025 | 2024 | 2023 | 2022 | 2021 | |
|---|---|---|---|---|---|
| Fidelity Emerging Markets Equity Research Enhanced (ETF actif) | +34,30% | +4,60% | +9,10% | -21,70% | -4,10% |
| iShares MSCI EM UCITS ETF USD (ETF passif) | +33,80% | +7,60% | +9,70% | -20,10% | -2,60% |
| MSCI Emerging Markets Index (Indice de référence) | +33,60% | +7,50% | +9,80% | -20,10% | -2,50% |
❌ On voit que sur les 5 dernières années, l’ETF actif n’a pas rempli sa mission de faire 1% de mieux que son indice de référence, sauf en 2025. Pire, en 2022 et 2021, il décroche plus que l’ETF passif, dont la réplication est quasi parfaite par rapport à l’indice.
Sauf qu’ici, la différence de frais est significative entre l’actif et le passif : 0,30% pour le premier vs 0,18% pour le second !
➡️ Essayer de battre les indices est toujours un pari risqué, pour ne pas dire hasardeux. C’est vrai pour les fonds traditionnels comme pour les ETF actifs.
Comment choisir un ETF actif ?
Si l’aventure des ETF actifs vous tente malgré tout, voici les critères à vérifier avant de vous lancer :
1. Comprendre la stratégie du gérant : quelle est la méthode de sélection ? Quel est l’indice de référence qu’il essaye de battre ?
2. Examiner les frais (TER) : des frais de gestion élevés réduisent la probabilité de surperformance. En outre, vérifiez la différence de frais avec un ETF passif répliquant le même indice.
3. Vérifier la liquidité : jetez un œil à la taille du fonds (capitalisation) et au volume des échanges. Plus le fonds est grand et les échanges fréquents, plus vous aurez de chance de pouvoir revendre quand vous le souhaitez.
4. Étudier l’historique (même court) : comparez les performances du fonds par rapport à son indice de référence. Parvient-il à faire mieux ?
5. Évaluez la transparence de l’ETF : si vous accédez facilement aux principales positions du fonds, c’est rassurant.
ETF actifs vs ETF passifs : lequel choisir ?
Selon moi, les ETF passifs ont fait leur preuve. Avec les données disponibles, on voit que les ETF actifs ont du mal à battre leur indice sur la durée. Par conséquent, ils font moins bien que les ETF classiques, qui, eux, peuvent y « coller » parfaitement, à conditon de bien les choisir.
Je pense qu’il y a en outre une dimension marketing dans la construction de ces produits, dans le but de mettre en avant la recherche ou les critères élaborés par les sociétés de gestion. Ce qui sert à justifier des frais un poil plus élevés.
➡️ Mais depuis John Bogle, qui a popularisé les ETF, on sait que les stratégies actives destinées à battre un indice sont rarement couronnées de succès !
Quand un ETF actif peut être pertinent ?
Dans certains cas de figure, le choix d’un ETF actif peut toutefois se justifier (à condition qu’il ne soit pas trop cher) :
- Les ETF actifs multi-actifs (actions, obligations, monétaire…) peuvent présenter un intérêt, surtout face aux fonds patrimoniaux traditionnels.
- Les ETF obligataires actifs peuvent être pertinents pour éviter les chocs de taux ou les émetteurs trop endettés.
L’année 2022 a été marquée par un choc obligataire. Quand les taux directeurs sont remontés bruquement pour faire face à l’inflation, les nouvelles obligations émises à des taux élevés ont faire fait chuter la valeur des anciennes, affichant des taux plus bas. Cette moins-value s’est reflétée dans les indices obligataires, avec des chutes de -10% à -15%. Une baisse subie aussi par les ETF passifs qui répliquaient ces indices.
➡️ Or, certains ETF obligataires actifs existants à l’époque sont parvenus à limiter la casse à quelques pourcents de perte, en se délestant à l’avance des obligations qui risquaient de subir ce choc de taux. Toutefois attention, ce n’est pas universel, et certains ETF actifs qui avaient mal anticipé la hausse des taux ont également chuté.
Question fréquentes
Oui, c’est son objectif : le gérant cherche à faire mieux que l’indice de référence. Mais comme tout fonds actif, rien ne garantit qu’il y parvienne durablement.
Le risque dépend des actifs détenus par un ETF, pas du fait qu’ils soient “actifs” ou « passifs ». Un ETF reste un fonds par nature diversifié, ce qui est moins risqué que de tout miser sur une poignée de titres par exemple.
Un ETF actif est coté en continu, plus liquide et souvent moins cher qu’un fonds actif traditionnel. La gestion reste active, mais avec la structure technique d’un ETF.
Oui, leurs frais sont généralement un plus élevés. Ils restent toutefois moins coûteux que la plupart des fonds actifs classiques.
Oui, les deux approches peuvent être complémentaires. Les ETF passifs peuvent par exemple être le cœur du portefeuille, tandis que les ETF actifs sont concentrés sur la recherche de surperformance.