C’est un placement original, mais qui, pourtant, ne date pas d’hier. Le système de la tontine est une forme d’investissement de long terme, encore utilisé aujourd’hui pour faire fructifier ses économies. Comment fonctionne-t-il ? Est-ce une bonne solution pour préparer sa retraite, léguer une partie de son patrimoine ou encore dégager des revenus réguliers ?

➡️ Dans cet article je vous explique ce qu’est la tontine et s’il s’agit ou non d’un placement pertinent.

Avantages

  • Épargne bloquée
  • Fiscalité avantageuse, calquée sur l’assurance vie


Inconvénients
  • Illiquidité totale
  • Capital non garanti
  • Rien pour les héritiers en cas de décès
  • Valorisation inconnue en cours de contrat
  • Les frais peuvent être élevés
  • Souscription interdite après 70 ans

La tontine est un placement alternatif qui ne convient pas à tous. On lui préfère généralement l’assurance vie.

Les origines de la tontine

Le système de la tontine remonte au XVIIème siècle. Ce placement financier à long terme a été imaginé par le banquier italien Lorenzo Tonti (d’où son nom !). A l’origine, il aurait servi à renflouer les caisses du Roi Soleil, Louis XIV. La tontine consistait en effet à « lever des fonds » auprès d’épargnants, puis à restituer le capital après plusieurs années. Pour la monarchie cela pouvait donc s’apparenter à un emprunt, ou à une levée de dette.

De nos jours, le mécanisme de la tontine est encore utilisé dans de nombreux pays, notamment en Afrique subsaharienne et en Asie. C’est une façon, pour un groupe de personnes, de mettre en commun leur épargne pour une dépense importante. En France, la tontine est régie par le code des Assurances. Les épargnants se réunissent sous la forme d’une « société tontinière », qui est une association. Il s’agit donc d’une pratique encadrée et tout à fait légale !

Comment fonctionne une tontine ?

Le fonctionnement de la tontine est simple : un groupe de personnes (appelées « sociétaires ») s’engagent à verser une somme d’argent dans un pot commun. Après un certain délai – fixé par les participants – l’argent collecté et les intérêts sont reversés aux membres encore en vie. Durant toute la durée fixée, la tontine ne distribue aucune revenu, et l’épargne est bloquée.

Comment la tontine rapporte de l’argent ?

L’objectif d’une tontine est donc d’arriver au terme à une somme plus importante qu’au départ. Pour cela, elle a deux « moteurs » de rendement :

  • L’argent collecté est placé : en actions, obligations, immobilier… Le but est de faire fructifier le pot commun.
  • Le décès des sociétaires : en cas de disparition au cours de la tontine, les bénéficiaires sont moins nombreux à la fin à se partager le gâteau commun, il y en a donc plus pour les survivants ! L’âge de souscription à une tontine est ainsi généralement limité à 70 ans.

➡️ Historiquement, certaines tontines ont affiché des rendements intéressant (de l’ordre de 4% par an net de frais, mais avant fiscalité), mais ces performances dépendent fortement du millésime, de la durée, de l’âge des adhérents et des frais. Aucun rendement minimal ni capital garanti ne peut être promis.

Dans la forme moderne et française de la tontine, la source principale de revenus est quand même la gestion financière opérée par la société d’assurance en charge de la tontine. En effet, les sommes apportées sont généralement gérées en “bon père de famille” et investies de manière diversifiée, le plus souvent en actions, obligations, ou autres valeurs mobilières.

Quelle est la durée d’une tontine ?

Les tontines financières sont créées pour une durée qui est généralement comprise entre 10 et 25 ans. Le groupe Le Conservateur, par exemple, créé chaque année, le 1er janvier, une nouvelle association tontinière, pour une durée de 25 ans.

Toutefois, cela ne veut pas dire qu’il ne vous est pas possible de moduler la durée d’investissement. Par exemple, si la tontine dure 20 ans, vous pouvez adhérer la 5ème année, pour une durée de placement de 15 ans. La durée minimum d’investissement reste en général d’au moins 10 ans.

Les différentes formes de tontine

Si le principe général reste le même (pacte de mise en commun de l’épargne, blocage pour plusieurs années, etc.), les modalités peuvent varier d’une tontine à l’autre. Par exemple, la cotisation peut être unique (à la création de la tontine) ou étalée sur plusieurs versements périodiques. De même, dans certaines tontines, les sociétaires plus âgés perçoivent un bonus lors du débouclage.

🏠 La tontine immobilière

Il existe également une forme particulière de tontine qui a pour but l’achat d’un bien immobilier sans recours à l’emprunt bancaire. Tous les membres du pacte tontinier deviennent copropriétaires de l’immeuble. À chaque fois qu’un sociétaire « casse sa pipe »,  ses parts sont réparties entre les autres. Le dernier survivant devient l’unique propriétaire du bien.

Cette technique peut également être utilisée par des couples non mariés ni pacsés. Le conjoint survivant devient seul propriétaire du bien au décès de l’autre. Mais fiscalement, cette transmission peut être soumise aux droits de mutation, sauf exception pour une résidence principale commune d’une valeur inférieure à 76 000 €.

La fiscalité de la tontine

Rien de bien compliqué, puisque la fiscalité de la tontine s’apparente à celle de l’assurance-vie. Elle est même totalement alignée sur celle-ci pour ce qui est de l’imposition des gains. Voyons ce qu’il en est aux trois moments clés pour l’épargnant.

La fiscalité en cours de vie de la tontine

Durant la durée de blocage des fonds, la tontine n’a pas réellement de valeur de rachat, puisque le contrat est indisponible jusqu’à son terme. Autrement dit, comme sur n’importe quel contrat de capitalisation (comme l’assurance vie, même si sur cette dernière l’argent n’est jamais bloqué), vous n’avez rien à payer tant que l’argent reste dans la tontine.

💡 En prime, c’est une façon d’échapper à l’IFI , qui a remplacé l’ISF : la tontine peut être investie en immobilier sans qu’il y ait de taxation sur la fortune.

Fiscalité des plus-values sur une tontine

Pour ce qui est du capital récupéré à l’issue de la tontine, la fiscalité est identique à celle de l’assurance-vie. Autrement dit, comme la plupart des tontines durent plus de huit ans, ce n’est pas la flat tax qui s’applique, mais la fiscalité avantageuse de l’assurance-vie :

  • Vous bénéficiez d’un abattement annuel de 4 600 € sur les gains (ou 9 200 € si vous êtes en couple marié ou pacsé) ;
  • après abattements, les plus-values sont taxées à hauteur de 7,5% (dans la limite de 150 000 € de versement par personne), puis à 12,8%.

➡️ En ajoutant les prélèvements sociaux de 17,2%, ce n’est qu’au-delà de 150 000 € que vous êtes imposé à 30%, soit le taux de flat tax « réduit » par rapport au nouveau (31,4% depuis le 1er janvier 2026).

Fiscalité à la succession de la tontine

Reste la question de la succession, avec un des principaux désavantages de la tontine :

❌ Si vous décédez avant le terme de la tontine, vos héritiers ne récupèrent pas un euro du capital investi.

Toutefois, il existe une parade : souscrire une assurance décès. Cette option, payante, est généralement proposée par le gestionnaire de la tontine (compagnie d’assurance ou mutuelle).

Dans ce cas, à votre décès, le montant versé à vos bénéficiaires n’est pas considéré comme un héritage, mais comme une prestation versée par l’assureur. À ce titre, le capital décès n’entre pas dans la succession et n’est pas fiscalisé (article L132-12 du Code des assurances).

Une tontine, associée à une assurance décès, peut donc être un moyen d’optimiser sa succession.

Les avantages et inconvénients de la tontine

La tontine est un placement intéressant pour les investisseurs qui recherchent des solutions alternatives, hors des sentiers battus de l’épargne traditionnelle. Connaître son fonctionnement peut offrir quelques avantages :

  • Épargne bloquée : c’est une façon d’être certain de ne pas piocher dans ses économies pour une certaine durée, et de laisser cet argent travailler.
  • Fiscalité avantageuse : pas d’impôts à payer durant la vie de la tontine, et la fiscalité avantageuse de l’assurance vie s’applique ensuite sur les gains. Également, pas d’imposition à l’IFI.
  • Optimisation de la succession : à condition de souscrire en plus une assurance décès, vos héritiers peuvent recevoir un capital sans fiscalité.

Le principe de la tontine « en cascade » peut aussi être avantageux pour profiter de revenus réguliers. Il consiste à contribuer chaque année à une nouvelle tontine, toutes de la même durée. Ainsi, ils se débloquent toutes à une année d’intervalle, et vous récupérez (si tout se passe bien) un revenu tous les ans.

Toutefois, la tontine n’est pas faite pour tout le monde, et reste soumise à quelques inconvénients :

  • L’illiquidité totale : pour certaines personnes, l’impossibilité de récupérer son argent avant le terme est plutôt un frein. Il faut être certain de ne pas avoir besoin de l’argent versé pour une ou deux décennies.
  • Pas de garantie du capital : comme de nombreux placements, la tontine ne vous assure pas de récupérer la totalité de ce que vous avez versé. Il y a un risque de perte totale ou partielle de votre capital. Toutefois, les tontines sont généralement gérées de façon assez « conservatrice », c’est-à-dire avec une prise de risque modérée.
  • Pas de capital en cas de décès : sauf à souscrire une assurance décès complémentaire, vous ne récupérez rien de votre mise si vous décédez avant l’échéance de la tontine.
  • Valorisation inconnue : durant la durée de la tontine, impossible de savoir si votre argent est en position de plus-value ou de moins-value. Cette inconnue peut rebuter certains épargnants.
  • Les frais : si le fonctionnement d’une tontine peut sembler assez « artisanal », les gestionnaires sont désormais des compagnies d’assurance ou mutuelles qui peuvent prélever des frais de gestion ou sur les versements.
  • L’âge de souscription : contrairement à une assurance vie, impossible de souscrire après 70 ans !

Alternatives à la tontine : assurance-vie, PER

Vous l’aurez compris, la tontine est un placement atypique que je rangerai dans la catégorie des placements de diversification, c’est-à-dire à n’envisager qu’une fois le reste de votre patrimoine bien en place (épargne de précaution, assurance vie, Bourse, immobilier, etc.).

Par ailleurs, certaines enveloppes fiscales plus « grand public » reprennent des principes de la tontine, et sont selon moi à envisager avant celle-ci :

Par exemple, le plan d’épargne retraite (PER), qui vous permet :

  • de bénéficier également d’une épargne bloquée et qui travaille jusqu’à une échéance fixée (ici la retraite),
  • de profiter d’une réduction de votre revenu imposable chaque année.
  • de désigner des bénéficiaires, et, contrairement à la tontine, de leur léguer votre capital en cas de décès avant le déblocage !

➡️ Pour en savoir plus, découvrez ici notre sélection des meilleurs PER du marché.

Mais selon moi, c’est surtout l’assurance vie qu’il faut en priorité préférer à une tontine. Si la fiscalité est la même entre les deux placements, l’assurance vie bénéficie en plus :

➡️ Pour vous aiguiller, découvrez notre comparatif des meilleures assurance vie.

Questions fréquentes

La tontine est-elle un bon placement ?

La tontine peut être intéressante pour diversifier un patrimoine déjà bien construit, notamment si vous acceptez de bloquer votre épargne pendant un bon moment. En revanche, elle reste moins souple qu’une assurance-vie.

Peut-on récupérer son argent avant la fin d’une tontine ?

Non, l’argent investi dans une tontine est en principe bloqué jusqu’au terme prévu au contrat. C’est l’un des principaux inconvénients de ce placement, surtout si vous avez besoin de liquidités.

Que se passe-t-il en cas de décès avant la fin de la tontine ?

En cas de décès avant l’échéance, les héritiers ne récupèrent généralement pas le capital investi. Pour les protéger, il faut souscrire une assurance décès complémentaire.

La Section VII (Articles R322-139 à R322-159) du Code des Assurances  fixe les règles de constitution et de fonctionnement de la tontine.